ContextE Social de NOTRE TRAVAIL DANS LES COMMUNAUTÉS MAYAS

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Depuis les années 90, le PIB du Mexique, comme tous les pays d’Amérique latine, a augmenté de manière significative. Mais alors qu’augmente le PIB, les inégalités sociales et économiques s'accroissent entre la population du pays, et ce sont les jeunes de population indigène qui en sont particulièrement affectés.

Au Mexique, les jeunes de 15 à 29 ans représentent plus de 26% de la population. De ce fait, l’urgence de la thématique de la jeunesse n’est pas seulement une question démographique, sinon un pari politique stratégique nécessaire aujourd’hui et tout à fait obligatoire pour l'avenir de nos sociétés.

Le Mexique est un pays caractérisé par une grande richesse historique et culturelle, et une grande diversité de sa population. Une de ces populations indigènes est la population Maya. Le terme “Maya” est une désignation collective qui inclut la population d’une même région qui partage un certain degré d’héritage culturel et linguistique commun. Aujourd’hui, la population indigène comme celle ci continue d’être discriminée et vulnérable face à diverses situations, particulièrement dans les régions qui connaissent un développement économique et urbain frénétique.

Les communautés dans lesquelles MOVIDA travaille, sont localisées aux alentours du pôle d’attraction touristique appelé Riviera Maya, dans la péninsule du Yucatán.

Movida se situe plus précisément dans l'État du Quintana Roo, où 66% de la population se considère comme indigène (INEGI, 2015) et à la 4e position au niveau national du nombre de la population qui se considère indigène (Encuesta Nacional, 2015).

Alors que le développement touristique n’arrête pas de croitre, la population locale fait face à des difficultés pour accéder à un niveau de vie socio-économique plus élevé et pour vivre d’une manière durable et autonome. L’on sait, par exemple, que 35,9% de la population du Quintana Roo vit en situation de pauvreté, dont 7% en situation de pauvreté extrême (2014). Dans ce contexte, les jeunes de population indigène n’ont pas beaucoup d’options pour développer leur propre avenir de manière consciente et décente.

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Un système éducatif inadapté à une réalité locale

L’INEGI (Institut National de Statistique et de Géographie) signale qu’il existe une brèche significative entre le niveau éducatif de la population indigène et la population qui n'est pas éduquée, particulièrement en ce qui concerne les femmes, qui sont celles qui présentent le plus fort taux d’analphabétisme et de niveau scolaire bas. De fait, le modèle éducatif actuel n’inclut pas les réalités de la vie indigène locale (connaissances, traditions, contexte socio-culturel, division de genre, habitus de vie locale…) et ne prépare pas les jeunes à développer une vie durable pour eux-mêmes et leur communauté.

Nombreux sont les jeunes qui quittent l’école à un âge très jeune et qui ne finissent jamais le collège, que ce soit pour des raisons de manque d’offre d’éducation de niveau supérieur (lycée, université), ou que ce soit pour des raisons personnelles (pression familiale, urgence économique, etc.).

L’école publique n’offre pas les outils que les jeunes mayas devraient avoir pour s’inscrire sur un marché du travail décent, ou dans le développement de leur propre carrière professionnelle. Cette faiblesse éducative, en plus, contribue au manque d’aspirations des jeunes.

Pour pallier à ces manquements, il est urgent d'adapter les nécessités éducatives à une réalité locale en renforçant les compétences des jeunes pour leur donner l’opportunité d’entrer dans le marché du travail et/ou d'avoir un projet personnel, et/ou de reconnecter avec le système scolaire.

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Urgence économique de soutien à la famille

Durant les dernières années, les populations des communautés ont vu leurs moyens de subsistance réduits, ce qui a provoqué aujourd’hui la recherche de ressources financières hors du village pour répondre aux nécessités vitales de base (alimentation, toit, santé…). De ce fait, nombreux de ces jeunes quittent l’école très tôt pour aider leur famille avec un salaire, à travers des jobs d’urgence, parfois à risque, non-éthique et/ou sans contrat légal.

Dans de nombreux cas, la recherche de travail à un âge très jeune a avoir aussi avec la responsabilité familiale que portent ces adolescents; que ce soit parce que les adolescentes sont enceintes ou parce que les jeunes doivent assurer la responsabilité de leurs propres parents (pression parentales, dysfonctionnement familial, absence parentale,...).

Une majorité de la population indigène des communautés limitrophes de la Riviera Maya, dont les jeunes, migre vers cette zone touristique et s’insèrent dans les emplois les moins qualifiés et de plus basse rémunération (construction, ouvrier, aide en cuisine, femme de ménage, commerce informel…). Cette situation, ce devoir de migrer pour trouver un emploi, provoque la désertion du village, avec comme conséquence principale la perte des transmissions inter-générations et une déstructuration des familles et de toute la communauté.

Il est urgent de développer de nouveaux moyens de subsistance et des projets professionnels à un niveau local, dans le village, afin de contribuer à la durabilité et l'autonomie de toute la communauté.

Perte des traditions mayas et des connaissances et savoir-faire locaux

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La pression du monde économique globalisé affecte ces communautés traditionnelles, avec le risque de voir leur culture, leurs connaissances et leurs savoir-faire disparaitre. La viabilité de ces communautés (économique, sociale, environnementale) est menacée et cela contribue au maintien d’une dépendance au monde extérieur.

Nombreux sont les jeunes mayas qui se trouvent aujourd’hui perdus entre deux mondes, sans avoir l’accès total à l’un, ni l’envie ou le moyen de rester dans l’autre. Ils sont pris entre l’appel du monde globalisé et les traditions et culture de leur communauté.

Beaucoup d’entre eux sont en situation de rébellion contre leurs propres racines (ce que l’on pourrait appeler une déculturalisation). Ils disent, par exemple, ne pas vouloir parler maya car ça les fait paraître “pauvres”. L’idéalisation du monde extérieur est intensifiée par la télévision, internet et leurs rencontres avec la ville. De ce fait, cela renforce la distance qu’ils mettent par rapport à leur propre culture.

Rapprocher les jeunes de leurs traditions et de leur culture est essentiel pour garantir la survie des communautés de manière durable.

Conclusion : Un projet pour apporter des aspirations et des moyens d'existences aux jeunes mayas et générer des leaders de durabilité dans la communauté

Les inégalités socio-économiques du pays affectent particulièrement la population la plus vulnérable, les jeunes des communautés indigènes. Movida s’implique dans un travail avec les jeunes des communautés mayas du Quintana Roo. Comme nous l’avons vu plus haut, la faiblesse du système éducatif public, l’exode rural à la recherche de jobs d’urgence, et la perte de transmission intergénérationnelle de la culture et des traditions, contribuent à déstructurer la vie communautaire et accentue la pauvreté de ces populations.

Les jeunes des communautés ne prennent plus en main leur propre vie et courent derrière une urgence de survie quotidienne. De plus, ils n’ont pas les capacités et les outils pour sortir de cette situation. Pour Movida, il est nécessaire que les jeunes retrouvent un sens à leur vie, en trouvant des aspirations, des projets personnels, des trajectoires professionnelles, basés sur les savoir-faire et ressources locaux. Movida se donne la mission de renforcer les compétences des jeunes de population indigène, tout en préservant leur identité culturelle, afin de développer de manière durable leur propre avenir et ainsi générer l’autonomie de toute la communauté.

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Photo de couverture par Anna Fishkin-ModernMaya / Autres photos par Movida Maya A.C